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Sur ce blogue, vous trouverez des articles scientifiques, d’autres plus philosophiques, des trucs pratico-pratiques, des  liens vers d’autres sites que je considère pertinents et plein d’autres choses qui j’espère vous accompagneront dans cette belle aventure; celle de passer de l’enfant de vos parents au parent de votre enfant.

Je ne milite pas en faveur de l’allaitement. Je ne me qualifie pas de  pro-allaitement mais de pro en allaitement! Mon boulot c’est d’aider les familles, pas de les convaincre.

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En aucun cas, les informations que vous trouverez ici ne peuvent constituer un avis professionnel et ne peuvent remplacer une consultation avec une IBCLC ou un professionnel de la santé.

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Une alternative SAFE, vraiment?

Ce texte s’adresse UNIQUEMENT aux intervenants en périnatalité, avec ou sans titre professionnel, du QUÉBEC. Je suis désolée si la majorité des liens sont en anglais mais je n’ai pas le temps et surtout pas les compétences pour faire les traductions.

Cette réflexion est inspirée de mon voyage en Afrique du Sud de 2009  où j’ai assisté à une présentation extraordinaire d’un groupe de soutien pour S6001472l’allaitement avec le VIH-SIDA et où la mesure de risque (allai
tement vs préparations commerciales) s’évalue selon différents critères regroupés sous l’acronyme AFASS pour : «acceptable, feasible, affordable, sustainable and safe».

Je l’ai adapté pour ne garder que SAFE. Nous savons tous ce que «safe» veut dire (sécuritaire), et pourtant tous les jours des mères se font proposer, ou imposer, la préparation commerciale comme une alternative parfaitement valable, surtout quand l’allaitement est difficile. Et pourtant…

Est-ce vraiment une alternative qu’on peut honnêtement qualifier de «SAFE»?

  • S : sécuritaire
  • A : abordable
  • F : faisable
  • E : écologique

Sécuritaire : la littérature est claire, l’utilisation de préparations commerciales comporte des risques pour la santé du bébé et de la mère. Si les recherches démontrent une diminution du risque, il est parfaitement logique d’affirmer que le non-allaitement l’augmente. Malheureusement, dans notre culture du biberon, les bébés allaités sont placés dans le groupe de l’intervention, au lieu d’être dans le groupe de contrôle, d’où la démonstration d’une diminution de risque chez les bébés allaités. Mais quel est l’impact de cette permutation des groupes sur notre perception du risque? Voir ici.

Si nous disons qu’allaiter c’est mieux, nous disons, implicitement, que de ne pas allaier c’est mal, non? Quel est le contraire de mieux? Et les mères elles, que retiennent-elles de ce message? Avec tout ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux, il semble qu’elles ne retiennent que seulement celles qui allaitent sont considérées de bonnes mères. Elles sentent le besoin de se justifier et de se défendre d’être elles aussi de bonnes mères même si elles donnent des biberons. Vous ne me croyez pas? Allez faire un tour sur les forums de mères, c’est tellement triste pour ces mamans, surtout pour celles qui voulaient mais qui n’ont pas eu d’aide nécessaire pour surmonter leurs difficultés.

Notre rôle comme intervenant est aussi de mettre en garde la population face aux comportements à risque pour la santé; par exemple pour le tabac, l’alcool et l’alimentation. Et nous le faisons très bien, surtout pour ce qui concerne les risques sur le fœtus. Paradoxalement nous ne le faison pas avec la même conviction lorsqu’il est question des préparations pour nourrissons, qui pourtant contiennent entre autres, du sirop de maïs (HFCS), des additifs dont l’utilité n’est pas prouvée, et plein d’autres choses (résidus de pesticide, OGM, etc.). Si l’allaitement était reconnu pour ce qu’il est,  soit la norme physiologique essentielle au développement normal des humains, les intervenants ne pourraient plus, éthiquement, proposer l’utilisation des préparations commerciales comme une alternative valable et devraient, par conséquent, assurer un soutien adéquat aux mères vivant des difficultés d’allaitement, ou au moins les référer rapidement vers des spécialistes de l’allaitement, comme ils réfèrent aux autres spécialistes pour différentes problématiques.  De plus, cela les obligerait à rendre les spécialistes de l’allaitement accessibles partout et couverts par la RAMQ, comme les autres spécialistes le sont.

Question sécurité, connaissons-nous réellement les risques des préparations commerciales? La réponse est malheureusement non, parce que nous considérons l’allaitement comme un bénéfice (un plus, une valeur ajouté, une vertu) et non comme la norme physiologique. Heureusement, nous avons de l’information, ici, ici, ici, ici et ici. Évidemment la liste est tout sauf exhaustive. Après avoir lu TOUT les documents cités, pouvons-nous honnêtement continuer de proposer les préparations commerciales comme une alternative sécuritaire? Selon vous, les parents ont-ils le droit d’avoir toute l’information?

Abordable : comme intervenant, je dois me demander si la famille devant moi peut assumer toutes les charges liées à l’utilisation des préparations commerciales et ce pour une durée minimale d’un an? Mais quel est le coût réel du non allaitement? En plus de payer pour la poudre (qui inclut sa publicité; parce que le coût de chaque échantillon, de coupon de réduction et de tous les articles promotionels donnés est refilée aux consommateurs) et les biberons, la famille devra aussi assumer des coûts liés à la préparation et à la stérilisation des biberons, à l’absentéisme au travail ou au gardiennage, aux déplacements pour les visites médicales, aux médicaments, etc. Dans cette perspective, et pour que la famille puisse prendre une décision éclairée, avons-nous comme intervenant le devoir d’informer la famille sur les coûts réels du non allaitement? La réponse est oui. De plus, nous devrions aussi considérer les coûts sur le système de la santé liés à l’utilisation de préparations commerciales, il est important de rappeler que tous les citoyens payent pour le système de santé québécois, malheureusement il n’y a pas de chiffres spécifiques au Québec. Avant de proposer l’utilisation de préparation pour nourrissons l’intervenant devrait donc s’assurer que cette option est abordable pour la famille.

Faisable : Cela semble étrange de se demander si c’est faisable, mais donner des biberons ce n’est pas si simple que ça. Comme intervenant, nous devons nous assurer que la famille, quel que soit son niveau de lecture et/ou sa langue, sache comment préparer le biberon (ratio poudre-eau, température de l’eau, délais pour le donner, etc.) et comment le donner de manière sécuritaire (la position du bébé, la quantité, la fréquence, etc.) par conséquent, nous avons le devoir d’en faire l’enseignement, voir ici et ici. Nous devons aussi faire cet enseignement avec la préparation choisie par la famille et l’informer que les consignes peuvent varier d’une marque à l’autre et qu’en cas de doute, l’inviter à revenir nous voir. Et surtout, il ne pas oublier d’informer les parents sur les signes que présente un bébé qui ne tolère pas bien la préparation commerciale (constipation, diarrhée, reflux, dermatites, réactions allergies, signes d’intolérances, etc.). Nous ne devons pas prendre pour acquis que la famille a les connaissances nécessaires ou qu’elle fera l’effort d’aller la chercher, surtout pour un premier bébé, les parents en ont plein les bras et se fient sur nous pour les accompagner. Comme intervenant, quand vous proposez les préparations pour nourrissons comme alternative à l’allaitement, faites-vous cet enseignement?

Écologique : pourquoi l’écologie, parce qu’elle fait partie intégrante des coûts liés aux préparations pour nourrissons . Ne devrions-nous pas faire l’effort de comprendre l’empreinte écologique de chaque ingrédient contenu dans une boîte de préparation en poudre. De l’élevage des vaches laitières, incluant l’eau et les pesticides nécessaires à la production de l’alimentation de celles-ci, en passant par les procédés de fabrication pour transformer le lait en poudre mais aussi ceux des additifs tel que le DHA-ARA, la récolte de l’huile de palme, la culture et la transformation du maïs en high fructose machin, de l’assemblage, de l’emballage, du transport, etc.  Il faut aussi de considérer l’empreinte écologique de l’utilisation des préparations pour nourrissons sur la consommation d’eau potable, d’électricité, de production de déchets, etc. mis aussi l’empreinte écologique lié à l’augmentation des besoins en soins de santé. Soutenir concrètement et protéger l’allaitement, c’est aussi de poser un geste écoresponsable. Comme intervenant, avons-nous cet information dans nos formations? Non. Faisons-nous l’effort de la chercher? Pour la grande majorité d’entre nous, la réponse est non.

Notre examen de conscience

  • Comme intervenant, pouvons-nous continuer de considérer les préparations pour nourrissons comme une alternative valable ou pire un simple choix individuel?
  • Quel est notre rôle auprès des familles? Et surtout, qu’attendent-elles de nous? Quand nous ne pouvons pas expliquer pourquoi la mère à telle ou telle difficulté, ou que ce que nous proposons ne change absolument rien,  ne devrions-nous pas avoir l’humilité de reconnaître qu’on ne le sait pas et de référer la mère vers les spécialistes au lieu de dire un peu n’importe quoi?
  • Pouvons-nous, éthiquement, continuer d’accepter l’immobilisme des instances gouvernementales devant le vide juridique autour de l’application de la politique de périnatalité, de la règlementation des préparations commerciales et de l’application du Code? Comment se fait-il que des cliniques d’obstétrique distribuent, au Québec en 2016, des échantillons de préparations commerciales aux futurs parents? Ne devrions-nous pas exiger que le soutien compétant et la protection de l’allaitement soient des priorités de santé, c’est de nos enfants et nos petits enfants dont il est question?
  • N’avons-nous pas la responsabilité individuelle de s’assurer d’avoir les compétences et les habiletés requises pour effectuer notre travail corectement? Alors pourquoi tant de mères abandonnent l’allaitement, non sans peine et déception, et nous reprochent, avec raison, de les avoir laissé tomber?

Je ne sais pas pour vous, mais moi je n’en peux plus de la promotion rose bonbon et bleu poudre de l’allaitement et surtout de l’infantilisation des femmes avec comme justification qu’on ne leurs donnera pas toute l’information pour ne pas les faire sentir coupable. On parle librement des risques des interventions pendant le travail et l’accouchement, les femmes ne se sentent pas coupable de prendre la péridurale (déçu peut-être) mais elles ne vont pas sur la place publique pour réclamer qu’on cesse de donner de l’information? Pourquoi est-ce toujours si difficile lorsqu’il  est question d’allaitement? Peut-être parce qu’on parle juste des bienfaits de l’allaitement… mais quel est l’opposé de bienfait?

Je suis IBCLC depuis 10 ans et je m’assure chaque jour d’apprendre quelque chose de nouveau. Je n’ai pas de mérite, j’aime lire. J’ose publiquement prendre la parole (ou l’écriture) pour essayer de faire bouger les choses, je me fais ramasser plus souvent qu’à mon tour pour ça; et je ne suis même pas payé, mais je crois que ça fait partie intégrante de la job. Je m’assure de rendre accessible mon matériel, je partage de l’information, je m’implique dans ma communauté, j’offre du temps et je ne suis pas payé pour ça non plus, et alors? Ça aussi fait partie de la job. J’aide les mères qui souhaitent allaiter et qui sollicitent mes services, ça je suis payé pour le faire. Et en plus, les mères semblent satisfaites de mes services, c’est ce qu’on m’a dit, et c’est la seule chose qui compte vraiment! Pour pouvoir vraiment aider, nous devons commencer par comprendre l’origine de la problématique avant proposer à la mère d’essayer telle chose ou telle chose, voir ici.

Je ne m’investis pas beaucoup pour défendre la minorité qui ne veut pas allaiter, parce que fondamentalement les gens ont le droit de faire ce qu’ils veulent, on peut juste espérer que leur choix est parfaitement éclairé. Mais je suis prête à me battre aussi pour elle, parce que leurs bébés méritent une préparation de la plus haute qualité possible dont le coût est juste mais libre de charge lié au marketing. Je me bats surtout pour celles qui pour des raisons médicales ne peuvent pas allaiter, ou qui physiologiquement ne peuvent produire assez de lait, pour qu’elles aient accès à un complément sécuritaire, de la plus haute qualité possible et entièrement remboursé par la RAMQ.

Pour être honnête, je me demande souvent pourquoi je fais tout ça quand je pourrais parfaitement me contenter d’aider les mères.  Mon chum dit que je suis folle de me mettre dans des états pareils, il a certainement raison, mais j’y peux rien. Je crois profondément que toutes les familles et tous les bébés méritent d’avoir le meilleur de nous-même. Je me sens souvent bien seul dans cet océan d’intervenants aussi silencieux que complaisants.

Vous n’aimez pas ce que j’écris, c’est votre droit fondamental. Mais  avant de me lancer des roches, de me faire la leçon tant sur le fond que sur la forme, et de m’insulter comme plusieurs se le permettent très souvent et avec bien peu d’élégance; commencez par vous demander ce que VOUS faites, vous, pour soutenir et protéger l’allaitement. Rappelez les mères que vous avez rencontrées pour avoir un peu de rétroaction sur la qualité et la pertinence de vos interventions. Regardez autour de vous, allez sur les groupes de mamans pour voir la grogne généralisée face à un système qui fait beaucoup de promotion mais  qui n’offre pas de soutien, et où les recommandations changent d’un intervenant à l’autre, au gré des vents et des marées.

Et je sais, vous n’êtes pas toutes comme ça, vous n’avez pas besoin de me le rappeler…