Je vous l’accorde, allaiter ou non est un choix personnel et faire un choix implique aussi d’en assumer les risques et les conséquences.

Ma question du jour : Lorsque vous avez pris la décision d’allaiter ou de nourrir artificiellement, quels ont été les éléments déterminants de votre réflexion? 

Je suis IBCLC, alors je considère l’allaitement exclusif LA norme mais je sais que ce n’est pas toujours facile d’allaiter. Je suis IBCLC. alors je considère que, comme pour tout ce qui est normal, de l’aide compétente doit être disponible quand il y a des difficultés, mais je sais que cet aide est loin d’être universelle.

 

Voici les conclusions de l’AAP (American Academy of Pediatrics) en matière d’alimentation du nourrisson.

Ce résumé provient du MAQ (mouvement allaitement québec)

Après avoir analysé la recherche et la pratique autour de l’allaitement pendant les 5 années depuis son dernier énoncé, l’AAP annonce d’emblée que l’allaitement et le lait humain sont les standards normatifs pour l’alimentation et la nutrition des nourrissons. Les nouvelles données renforcent ses conclusions quant aux bienfaits documentés de l’allaitement tant à court terme qu’à long terme, et ce, tant sur les plans médical que neuro-développemental. Forte de ces données qui y sont résumées, l’AAP ajoute que la nutrition des nourrissons devrait donc être considérée comme un enjeu de santé publique et non seulement comme un choix de style de vie. Elle réaffirme sa recommandation d’allaiter exclusivement pendant environ 6 mois, soulignant que les risques de plusieurs problèmes de santé sont considérablement réduits chez les nourrissons allaités exclusivement pendant 6 mois ou plus, lorsque comparés à ceux allaités exclusivement pendant 4 mois.

ref : AAP, Policy Statement

Breastfeeding and the Use of Human Milk

http://pediatrics.aappublications.org/content/129/3/e827.full.html

 

 

Tous s’entendent, le lait humain est spécifique aux besoins des bébés humains. Sans entrer dans la composition détaillée du lait humain, ce qui en soit est d’un ennui total, je vous propose de regarder principalement comment le lait de maman contribue au développement du système immunitaire du bébé.

Une des sommités dans le domaine est Lars Hanson, PhD, son livre Immunobiology of human milk, How breastfeeding protects babies.

L’immunisation des nouveau-nés : vive les bactéries de maman!

L’utérus étant un milieu stérile, le bébé, à sa naissance, en plus de faire la connaissance de sa mère, découvrira un monde remplie de microbes. Des bons et des moins bons. Le plus urgent pour le nouveau-né est de s’immuniser, de construire sa flore intestinale et de recevoir des anticorps. Lors de la naissance, le bébé entre en contact avec la muqueuse vaginale ce qui lui assure une première colonisation. Par la suite, il doit être en contact peau à peau avec sa mère le plus rapidement possible et sans interruption pour compléter sa colonisation avec les microbes qui se trouve sur la peau de sa mère. Le risque d’une colonisation par des microbes inconnus du système immunitaire de sa mère est de développer des infections pour lesquelles le bébé n’aura peut-être pas de défense. Par exemple, un bébé dont le premier contact serait les bras d’une infirmière verrait son intestin se coloniser par les microbes transportés par celle-ci, ainsi que ceux présents dans l’environnement. Lors de naissances par césarienne où il n’y a pas de peau à peau immédiat, les bébés sont colonisés par les bactéries du personnel soignant, de la salle d’opération et de la pouponnière, donc par des microbes qui proviennent de milieux étrangers à sa mère. Ces bébés sont plus à risque de développer des infections, surtout s’ils ne sont pas allaités rapidement après leurs naissances. Lors de la première tétée le bébé reçoit une dose massive d’anticorps, tel un puissant vaccin naturel, qui l’aide à compléter son immunisation. Donc, un bébé né par voie vaginale et ayant eu un contact peau à peau ininterrompue avec sa mère dès sa naissance aura une colonisation bactérienne compatible avec le système immunitaire de sa mère, et le colostrum fournira les anticorps nécessaires au contrôle des infections. Le Professeur Lars Hanson a publié un livre extraordinaire sur l’immunobiologie du lait humain, ou comment l’allaitement protège les bébés (Immunobiology of Human Milk: How Breastfeeding Protects Babies). Si vous avez la chance de mettre la main sur ce livre, vous apprendrez comment fonctionne votre système immunitaire ainsi que celui de votre bébé. De plus, le Professeur Hanson, que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’une conférence, est un formidable pédagogue et un excellent vulgarisateur. Ma fille a fait son projet d’Expo-Science 2009 sur ce sujet. Pouvez-vous imaginer mon bonheur et ma fierté lorsqu’elle et son collègue ont été sélectionnés pour participer à la finale régionale. Wow, de l’allaitement à l’Expo-science. Bon revenons à l’action du colostrum. Nous avons vu que le colostrum est principalement composé d’anticorps. Étant donné que la paroi intestinale du nouveau-né est perméable, elle peut laisser les pathogènes pénétrer le corps du bébé et l’infecter. Le colostrum, en plus de contribuer à l’élaboration de la flore intestinale, tapisse la paroi de l’intestin du bébé pour la rendre imperméable. Si les conditions ne permettent pas que le bébé soit nourri au sein dès sa naissance, il est important d’extraire manuellement du colostrum et de lui donner. Les préparations commerciales ne peuvent pas remplacer le colostrum car elles ne contiennent pas d’anticorps. De plus, comme elles sont irritantes pour la paroi intestinale, elles pourraient entraîner des micros déchirures qui seraient alors des portes ouvertes pour que des microbes pénètrent le corps du bébé et l’infecte. Le lait de maman est essentiel au développement et au maintient des défenses du bébé contre les agents pathogènes qui se trouvent dans son environnement. Il faut aussi noter que les nouveau-nés ne devraient pas être pris par tous et chacun, sauf maman et papa bien sur, afin d’éviter qu’ils soient en contact avec des microbes inconnus du système immunitaire de sa mère. De plus, il est capital que les personnes qui rendent visite au bébé se lavent minutieusement les mains avant de le toucher.

 

Ce que je pense utile de savoir concernant le lait humain :

  • ŸLes anticorps dans le lait humain, principalement des IgA, combattent les infections sans induire d’inflammation, ce qui est fort utile pour un bébé qui a besoin d’un maximum d’énergie pour achever son développement.
  • ŸLe lait humain, contrairement aux préparations commerciales, contient de la Lactoferrine, une protéine capable de tuer les bactéries et de bloquer la réponse inflammatoire, mais aussi de fixer le fer afin d’en maximiser l’absorption.
  • ŸLes bébés nourrit exclusivement au lait humain ont beaucoup moins de bactéries potentiellement dangereuses tel que le E. coli, le Clostridium difficile et la Lactobacille dans leurs intestins. En réalité et en considérant que l’allaitement est la norme biologique; les bébés nourris aux préparations commerciales ont beaucoup plus de bactéries potentiellement dangereuses dans leurs intestins. Ils sont donc plus à risque de développer des pathologies.
  • ŸLe lait humain s’adapte aux besoins nutritionnels et immunologiques des bébés. Par exemple, le lait des mamans de bébés nés prématurément est différent de celui pour les bébés nés à terme.
  • ŸConsidérant l’allaitement exclusif, la norme biologique, les bébés nourris aux préparations commerciales ont beaucoup plus de chance d’être affectés par la diarrhée et par des infections respiratoires. Une étude faite au Royaume Uni et publiée dans la revue Pediatrics a démontrée que l’hospitalisation en raison de diarrhée et d’infections respiratoires est réduite de 53% lorsque l’allaitement est exclusif et de 31% lorsqu’il est partiel. En ce qui concerne la pneumonie, la diminution de l’hospitalisation est de 27% pour l’allaitement exclusif et de 25% pour l’allaitement partiel. (Pediatrics 119, 837, Quigley MA)
  • ŸLe thymus, une glande très importante du système immunitaire, est moins développé chez les bébés nourris aux laits commerciaux que celle des bébés allaités. Hasselbalch et son équipe ont démontré que le thymus des bébés exclusivement allaités est deux fois plus gros que celui des bébés nourris artificiellement. (Hasselbalch et al, Acta Pead, 1996) Une autre étude publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition en 2004, a démontré que les bébés allaités exclusivement ont une fonction thymique améliorée. Dans le livre du Professeur Hanson la fonction thymique est largement expliquée.
  • ŸIn vitro l’alfa-lactalbumine, une autre protéine importante du lait humain, détruit les cellules malignes, ce qui peut expliquer pourquoi les bébés exclusivement allaités ont une moins grande incidence de cancer et de leucémie. Les préparations commerciales n’en contiennent pas!
  • Le lait humain est écologique, gratuit, bon au gout, bio disponible et servit dans un magnifique contenant (une maman).

 

 

AJOUT de Kathleen Couillard, Microbiologiste qui explique nettement mieux que moi le rôle des immunoglobulines et de la lactoferrine.

Les immunoglobulines A (IgA) :

Les immunoglobulines (ou anticorps) sont des protéines produites par les cellules B du système immunitaire. Il en existe plusieurs types (IgM, IgD, IgG, IgE) mais les IgA sont les anticorps principaux du lait maternel.

Il existe des IgA spécialisés contre une grande variété de microbes, pour la plupart originaires de l’intestin et des voies respiratoires. C’est en partie grâce à eux que le lait maternel offre une bonne protection contre les infections des muqueuses.

La fonction principale des IgA est de s’attacher aux microbes présents sur les muqueuses et de les empêcher de s’agripper eux-mêmes aux cellules de l’intestin puis de pénétrer les tissus, ce qui mènerait à l’infection. Ce type de protection contre les infections n’implique pas de dépenses énergétiques chez l’enfant puisque l’infection étant évitée, il n’a pas à la combattre.

Il existe plusieurs preuves démontrant que les IgA du lait maternel protègent contre les infections. Des études cliniques ont démontré que la présence d’IgA spécialisés contre certains microbes (Vibrio cholerae, E. coli enterotoxigénique, Campylobacter, Shigella et Giardia lamblia) protégeait contre les gastro-entérites causées par ceux-ci. Les IgA empêcheraient aussi la colonisation du nez et de la bouche par H. influenzae, ce qui diminuerait les risques d’otites.

Par ailleurs, les IgA recouvrant les bactéries se trouvant dans les intestins,  cela protège l’enfant contre les infections urinaires. Une étude a d’ailleurs démontré que le fait d’allaiter pendant au moins 7 mois diminuait les risques d’infection urinaire, surtout chez les filles, jusqu’à l’âge de 2 ans.

 

La lactoferrine :

La lactoferrine est une des principales protéines du lait maternel. Sa principale caractéristique est sa capacité à lier le fer. Cela lui permet d’empêcher la croissance des bactéries en séquestrant le fer dont elles ont besoin pour se multiplier. La lactoferrine peut aussi tuer plusieurs bactéries en fragilisant la paroi des bactéries, ce qui la rend plus susceptible à l’action d’une autre protéine du lait maternel, le lysozyme. En effet, cette dernière provoque l’éclatement des bactéries en attaquant leur paroi cellulaire.

La lactoferrine aurait aussi des effets antiviraux et antifongiques (contre C. albicans entre autres qui cause le muguet). Tout comme les IgA, la lactoferrine prévient l’infection et diminue ainsi le besoin de l’enfant à la combattre.

Plusieurs effets de la lactoferrine ont été démontrés en laboratoire. On sait donc qu’elle favorise la croissance de Bifidobacteria (un type de probiotique) et favorise ainsi une bonne flore intestinale. On sait également qu’on peut trouver de la lactoferine dans l’urine du bébé allaité. Étant donné que l’allaitement protège contre les infections urinaires, la lactoferrine pourrait jouer un rôle dans cette résistance. Des études chez la souris suggèrent aussi que la lactoferine agit contre E. coli (diarrhée, infections urinaires) et Shigella flexneri (diarrhée).

La science derrière le contact peau à peau

En Suède, le contact peau à peau ininterrompu est une pratique courante. Serez-vous étonné si je vous dis que les bébés s’en portent très bien? Pourquoi nos bébés seraient-ils différents? Trop souvent, le bébé n’est laissé sur le corps de sa mère que quelques minutes. Évidemment, il n’a pas le temps de ramper au sein, de chercher le mamelon et de téter. La rencontre n’a pas lieu au moment où le bébé est le plus alerte et guidé par ses réflexes. Le bébé est ramené plus tard à sa mère, tout emballé et propre, et le plus important, pesé! Mais on s’en fout de savoir combien il pèse le bébé! Pensez-vous réellement que son poids sera différent deux heures plus tard?

Ce que dit l’OMS concernant les soins immédiats au bébé dans le document : Les soins liés à un accouchement normal

Directement après la naissance, il convient de veiller l’état du nouveau-né. L’attention accordée fait partie intégrante des soins dans le cadre d’une naissance normale, et l’Organisation mondiale de la Santé souligne l’importance d’une approche unifiée des soins à la mère et au bébé (WHO 1994c). Les soins immédiats consistent à s’assurer que les voies respiratoires sont dégagées, à prendre des mesures pour maintenir la température corporelle, à clamper et couper le cordon et à faire téter le bébé dès que possible. Chacun de ces éléments a fait l’objet d’abondantes recherches et de nombreux débats, mais le présent groupe de travail technique sur l’accouchement normal a l’avantage de pouvoir se reporter aux travaux et aux recommandations du groupe de travail technique sur les soins essentiels au nouveau-né (OMS 1996). Dans le présent rapport, seuls quelques aspects des soins immédiats au nouveau-né seront mentionnés brièvement.

Immédiatement après la naissance, le bébé doit être séché dans des serviettes ou des linges chauds, et placé sur le ventre ou dans les bras de la mère. L’état du bébé est évalué et on s’assure simultanément de l’aération des voies respiratoires (si besoin est). Il est important de maintenir la température corporelle du bébé; les nouveau-nés exposés au froid d’une salle d’accouchement peuvent subir une baisse sensible de température et souffrir en conséquence de problèmes métaboliques. On évitera une chute de la température du nouveau-né en le mettant ou contact du corps de sa mère.

Pour en savoir plus sur les évidences scientifiques du contact peau à peau : Moore ER, Anderson GC, Bergman N. Early skin-to-skin contact for mothers and their healthy newborn infants. Cochrane Database of Systematic Reviews 2007, Issue 2. Art. No.: CD003519. DOI: 10.1002/14651858.CD003519.pub2  / http://www.cochrane.org/reviews/en/ab003519.html), ou consultez le site Internet de l’OMS.

Le Dr Nils Bergman, d’Afrique du Sud, est sans aucun doute une de nos sommités dans la recherche sur les soins en maman kangourou et le contact peau à peau.

Trois entrevues avec Dr Bergman à voir : http://vimeo.com/16323781

Pour plus d’informations : http://www.kangaroomothercare.com/ et http://www.skintoskincontact.com/

 

Le contact peau à peau est important, non seulement les premières heures,

mais aussi les premiers jours. Cela facilite l’adaptation du nouveau-né à la vie extra-utérine.

Ça gâte les parents, pas les bébés.