Histoire et linguistique autour de la naissance

Dans son livre, Les nouveaux rites autour le l’accouchement,  Blandine Poitel, consacre plusieurs pages sur l’histoire et l’étymologie des mots. Ainsi : « Accoucher est un mot dérivé du vieux français qui signifiait avant « se mettre en couche » (au lit), et c’était tout aussi valable pour une maladie, et donc applicable à tous, hommes y compris ; il y avait la notion d’être « couché à plat dos », et de nécessiter des soins ; le fait que le verbe soit souvent passif « une femme est accouché par son médecin », et puisse être utilisé dans une tournure telle que « le médecin qui m’a accouché’ renforce l’idée que c’est un processus que la femme subit, et non qu’elle agit (à noter que la forme active « avoir accouché » est récente, et était considéré comme une faute au XIX siècle… cela fait donc bien peu de temps qu’émerge la femme active à son accouchement, qui accouche et n’est pas accouchée). » L’étymologie de ce mot nous en dit beaucoup sur notre façon de mettre au monde nos bébés! De plus, la religion judéo-chrétienne a encouragé, pour ne pas dire obligé, les femmes à prendre une position qui respecte la sacro-sainte pudeur féminine lors des accouchements, surtout en présence de « monsieur le docteur », c’est à dire complètement couvertes et couchées sur le dos.

Les anglophones utilisent les termes giving birth (donner naissance) ou being in labor (être en travail) pour désigner l’accouchement. Selon moi cette formulation est plus respectueuse des femmes; elle reconnaît l’implication et le travail fait par la femme qui donne naissance.

Obstétricien. Voilà un autre mot intéressant. Selon Blandine Poitel, page 51, obstétricien est dérivé d’obstare qui veut dire : être devant, se dresser devant, se dresser contre…

La position dorsale…

Notre médecine, supposément factuelle, dispose de données probantes sur les risques associés à la position dorsale lors du travail et de l’accouchement, pourtant peu de femmes peuvent accoucher autrement. C’est quand même particulier de maintenir une pratique qui est scientifiquement prouvée comme étant nuisible. Plusieurs d’entre vous seront tentés de me répondre que des millions de femmes, depuis des centaines d’années, accouchent sur le dos et s’en sortent très bien! En êtes-vous certains? Les impacts sont variés et peuvent être difficilement mesurables.

Maintenir des pratiques obstétricales qui causent des torts, quelles qu’ils soient, va à l’encontre du serment d’Hippocrate. Au Québec, les femmes ont, en principe, le droit de faire le travail et d’accoucher dans la position de leur choix, mais plusieurs d’entre-elles ont été obligées, par le médecin, de s’allonger sur le dos.

Couché sur le dos :

  • Les douleurs sont plus intenses et la péridurale, avec les risques qu’elle comporte, devient nécessaire de même que l’ocytocine synthétique.
  • Les contractions sont moins efficaces étant donné que la tête du bébé ne s’appuie pas directement sur le col.
  • L’incidence de déchirure sévère du périnée et d’hémorragie maternelle augmente.
  • Les femmes se sentent souvent plus vulnérables; tous les intervenants sont debout au-dessus d’elle et lui disent quand et comment pousser. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’il y a un moniteur où le ressentit de la femme n’a pas préséance.
  • Le bébé a plus de difficulté à se positionner, est moins bien oxygéné et est plus à risque de souffrance fœtale.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans le document Les soins liés à un accouchement normal, la position dorsale est classée dans les pratiques qui sont à l’évidence nocives ou inefficaces et qu’il convient d’éliminer.

Je vous entends me demander : « Qu’elle est la bonne position pour accoucher? » Je vous réponds toutes les autres : à quatre pattes, accroupie, assise, couchée sur le côté, debout, à genoux comme vous le voulez! Ce qui est important, c’est que vous soyez confortable et capable de suivre votre bébé. De plus, la position peut changer; vous pouvez commencer accroupie, décidez de vous allonger sur le côté ou de vous mettre à quatre pattes pour pousser.

La position dorsale ou obstétricale convient parfaitement au médecin car il peut s’asseoir confortablement pour recevoir le bébé et sa suite. Mais entre la femme qui donne naissance et le médecin, qui d’entre les deux devrait avoir la priorité sur le confort? Les sages-femmes sont plus sensibles à éviter la position dorsale.


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