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Dire à un parent de laisser pleurer son bébé, c’est semer une graine pour que le pire arrive.

AVIS : comme plusieurs se sont arrêté de lire après le 5-10-15 et ont sauté sur leur clavier pour me tomber dessus. Je rappelle qu’il n’est pas question, ici, de ce que vous avez fait ou pas, avec votre bébé, dans votre maison, dans votre ville. 

Ce texte parle de la détresse de certains parents aux prises avec un bébé qui, pour différentes raisons (reflux, allergie/intolérance alimentaire, pathologie, trauma de naissance, etc)  pleure beaucoup et que ces pleurs inconsolables témoignent d’une souffrance. Ce texte parle du sentiment d’impuissance, d’épuisement, d’isolement et que dans ces circonstances, oui un geste irréparable peut se produire. En passant j’ai déjà été témoin dans une cause au criminel. Le texte dénonce le manque d’écoute et d’empathie de certains professionnels de la santé, qui au lieu de chercher à comprendre ce qui se passe, attribuent les pleurs excessives aux coliques, aux caprices, à la manipulation, etc. et recommandent aux parents d’ignorer les pleurs. 

Merci d’être empathique…

 

Une discussion sur ma page Facebook m’a fait réfléchir, en fait j’y pense depuis pas mal d’années sans avoir trouvé les mots justes et je ne crois pas les avoir trouvés non plus…

J’encourage toujours les familles à dénoncer auprès des instances concernées, les pratiques inappropriées, les commentaires irrespectueux mais surtout les recommandations de certains professionnels de la santé, et des pseudo-expert-auto-proclamé-experts, qui est de de laisser pleurer le bébé, ainsi que toutes les autres techniques de dressage du genre 5-10-15.

Bien que cela soit culturellement accepté (pire encouragé) comme méthode et qu’elle ne laisse pas de marque apparente (les bébés survivent), elle comporte des risques réels et documentés pour le développement et la santé des bébés. Vous trouverez des références sérieuses à ce sujet dans la section références de mon site.

Je monte présentement une formation de deux jours pour l’allaitement et je me suis donné comme mission de transmettre la notion de conséquence. Je veux faire comprendre que certains gestes que nous posons, un peu innocemment, de bonne foi ou dans l’espoir de régler un problème à court terme, peut être la graine que nous semons pour que le pire arrive.

Je m’explique.

Une maman consulte pour un problème de reflux (ça pourrait être un papa évidemment). Nous savons que le reflux peut être très souffrant. Il y a pour les adultes une panoplie d’antiacide en vente libre, pour les fois où on abuse des bonnes choses et qu’on file poche. Un ou deux reflux gastrique ce n’est pas la fin du monde, mais 30 par jour c’est autre chose. Nous sommes des grands, nous comprenons ce qui nous affecte et nous nous sentons quand même misérable. Suffisamment misérable pour prendre quelque chose.

Imaginez un bébé qui, 30 fois par jour, à un rot qui lui brûle l’œsophage, il ne régurgite pas, il ravale…

Vomissez-vous partout quand vous avez un rot mouillé? Non, c’est pareil pour les bébés!!!

Plus ça remonte, plus ça brûle et plus l’œsophage s’enflamme. Plus l’œsophage s’enflamme, plus c’est facile pour l’acide de remonter parce que le petit sphincter ne fait pas son travail, il est tout irrité le pauvre. Donc pour le bébé en question, plus ça brûle : plus il hurle. C’est un bébé, que peut-il faire d’autre pour nous communiquer sa douleur?

J’ai vu des familles où le bébé pleurait 12 heures par jour. Juste pour comprendre, question d’être minimalement empathique, mettez dans votre lecteur de musique une chanson agressante, dans les suraigus, et passez la en boucle. Combien d’heures tiendriez-vous?

Pour le parent qui prend soins d’un bébé souffrant de reflux, ou de toute autre pathologie douloureuse, c’est le quotidien. Heure après heure, jour après jour, le bébé hurle sa vie chaque fois qu’il s’alimente. Il y a de quoi devenir dingue et là je ne parle même pas du sentiment d’impuissance que le parent ressent. Et pourtant la majorité des parents tiennent bon et donnent le meilleur d’eux-mêmes à leur bébé. Évidemment, les parents consultent et cherchent à comprendre la cause des souffrances de leur bébé, le parent veut savoir ce que le mal à dit (maladie).

Alors imaginez…

Imaginez une maman qui consulte pour les pleurs de son bébé.

Et là, pour une raison que j’ignore et que je ne peux pas m’expliquer, le professionnel de la santé n’écoute pas et ne cherche pas. À la place, il lui dit : «ben voyons ma p’tite dame c’est normal qu’un bébé pleure, c’est juste des coliques, à trois mois tout sera fini, vous verrez.» Le dit professionnel propose au parent de laisser le bébé pleurer, de toute façon il ne reconnait pas la souffrance de la mère, ni celle du bébé. À quoi bon chercher de midi à 14 heures?

Pour une personne donnée, dire à un parent de laisser pleurer son bébé, c’est semer une graine pour que le pire arrive. Pour un professionnel, dire à un parent de laisser pleurer son bébé sans chercher la cause, c’est IRRESPONSABLE.

Imaginez que la maman fait ce qu’on lui a dit de faire, après tout les professionnels savent ce qu’ils font, et en plus c’est écrit dans les livres de laisser les bébés pleurer!

Imaginez que le pire arrive…

Imaginez que cette maman émotionnellement épuisée et isolée (on ne peut pas sortir avec un bébé à reflux en passant) parce que son bébé pleure, HURLE, 10 hrs par jour et qu’elle le laisse pleurer encore plus le soir, au moment du couché.

Imaginez que ce bébé ne se résigne pas (comme c’est écrit dans les livres) et qu’il continue de hurler sa vie une bonne partie de la nuit.

Imaginez cette maman perdre le contrôle et secouer son bébé.

En passant ça peut arriver à n’importe qui de perdre le contrôle. Ni vous, ni moi, ne sommes à l’abri. Ayons au moins l’humilité de l’admettre et d’en parler question de faire tomber quelques tabous.

Faut-il attendre que le pire arrive pour se questionner sur le bien-fondé de laisser pleurer les bébés.

La prévention du bébé secoué est faite quelques heures après la naissance, pendant le séjour à l’hôpital, au travers de tout le reste. Mais suffit-il de dire de ne pas le faire pour que le pire ne se produise pas? De toute évidence non, alors il est où le problème?

On blâme et on juge très sévèrement les parents qui secouent leur bébé, c’est dans le code criminel, donc ce n’est pas rien. Mais qui a écouté la détresse de cette maman (et la souffrance du bébé) quand elle est venue chercher de l’aide?

Recommander de laisser pleurer c’est tellement plus simple, après tout c’est juste des coliques, et il n’y a rien à faire sauf attendre que ça passe.

Proposer de laisser pleurer un bébé qui déjà est souffrant à des parents désemparés devant la souffrance de leur bébé, c’est semer une graine pour que le pire arrive…

Qui sont ceux qui devront assumer et vivre avec le pire pour le reste de leur vie? Les parents évidemment!

Le professionnel de la santé consulté précédemment n’est même pas au courant qu’il a semé cette graine et il est à parier qu’il en sèmera d’autres… il n’a jamais revu la maman, elle est en prison.

Et quand le pire n’arrive pas, ou que les parents n’écoutent pas les recommandations, le professionnel n’est pas plus au courant, les parents sont allé voir ailleurs. Il croit à tort que sa recommandation a fonctionné.

Pensez-y deux fois avant de dire : laisse-le pleurer.

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